Notre association vient de vivre trois évènements importants qui recentrent notre énergie vers ce qu’on a l’habitude d’appeler nos fondamentaux, c’est-à -dire ceux qui doivent canaliser notre activité :
Notre participation à Europom 2011, le stage de pomologie de Chamblay, et notre CA national de Torcy.
Depuis quelque temps nous sentions la nécessité de focaliser nos activités sur ce qui était le but de notre association, la recherche, la sauvegarde et la valorisation des variétés anciennes de nos terroirs. Je ne dis pas que nous avons abandonné cette voie, mais il y a une tendance parfois à le faire en privilégiant l’arboriculture. L’arbo est une science passionnante, je le reconnais, et qui fait naître des virtuoses du sécateur, mais elle doit rester une aide à la sauvegarde.
Sauvegarder des variétés consiste d’abord à les découvrir. Ceux qui, comme moi, ont terminé leur cahier régional, pourraient avoir tendance à dire que tout est consommé, qu’il n’y a plus rien à trouver. Quelle erreur ! Cette saison, nous avons repéré dans l’Aube Madame Patureaux de l’écurie Baltet et la Tronc d’âne de plus basse extraction, la Belle et la Bête en quelque sorte. En me déplaçant chez mes voisins de Bar Der Perthois les Croqueurs m’ont signalé La De Flandre Blanche, la Pomme de Chaumesnil, la Belle de Bettancourt et la poire de Chat. Cette dernière devrait éloigner les rats-taupes ! Même si tout n’est pas variété retrouvée, il faut noter et examiner tout ce qu’on déniche. Je note aussi que nous vivions près de la Flandre Blanche sans nous en être aperçus. Tout cela va donner du fil à retordre à nos pomologues locaux. Ce qui prouve que rien n’est terminé, que les terroirs sont riches et qu’il y a de la pomme sur la planche.
Sauvegarder c’est aussi greffer. L’arbo est sollicitée. Nous avons de nombreuses mains vertes et des sécateurs d’or dans l’association. Tant mieux. Nous organisons des échanges de greffons. Une charte sera éditée qui définira 3 obligations : l’authenticité du greffon (ainsi que sa qualité sanitaire), sa traçabilité (autant que faire se peut), la gratuité de son échange. Ajoutons que ce ne sont pas des pratiques nouvelles dans notre association « à but non lucratif ». Pour améliorer nos revenus, la vente de nos brochures, en particulier l’almanach (qui rapporte de 4 à 9 € selon la virtuosité du vendeur) est un moyen commode.
Sauvegarder c’est encore étudier la variété dans son milieu et tenter de connaître son histoire. C’est ce que nous appelons l’ethnobotanique. Les arbres que nous étudions sont des arbres domestiques, unis à l’homme, associés à ses us et coutumes. Il y a des millions de variétés de pommiers en puissance (un pépin = une variété). Les humains ont sélectionné les plus intéressantes pour leur consommation. L’histoire du Malus sieversii, né au Kazakhstan il y a 165 millions d’années à l’ère secondaire, les hybridations in situ qui ont donné des variétés que l’ours, animal convivial (surtout quand il est en peluche), a sélectionnées, les croisements avec les malus régionaux, tout cela aboutit à notre Malus pumila. Le Malus pumila n’est pas un pommier c’est une épopée. Chaque fruitier de votre région mérite donc un coup de projecteur historique.
Les 3 évènements cités en tête sont là pour prouver notre implication dans ce travail de reconnaissance du patrimoine fruitier: partager nos connaissances pomologiques avec nos voisins européens, former nos adhérents à l’étude vigilante des fruits et entraîner les sections dans cette belle entreprise.
Jean LEFÈVRE



